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Oliv’s Eurovision Files : Est-ce que la taille compte ?

Oliv’s Eurovision Files : Est-ce que la taille compte ?

(english version on the Oikotimes website) 

Jusqu’ici, en 30 ans, 51 pays ont pris part au Concours Eurovision de la Chanson. Certains ont disparu (Yougoslavie, Serbie-et-Monténégro) et d’autres sont apparus. Tous ces états, bien qu’ils puissent parfois être regroupés en blocs (les Big 5, le bloc scandinave, le bloc des Balkans, les ex-républiques soviétiques…), sont très différents les uns des autres, mais la question est : ont-ils tous une chance de remporter le trophée ?

Aujourd’hui, attardons-nous sur les petits participants. Tout d’abord quels sont-ils ? Ce n’est pas vraiment une histoire de superficie mais de population. Aujourd’hui l’Europe compte 5 micro nations (l’Andorre, le Liechtenstein, Monaco, Saint-Marin et le Vatican) avec une population inférieure à 100 000 habitants. Ils ne doivent pas être confondus avec le 4  petits pays (l’Islande, Malte, le Monténégro et le Luxembourg) qui ont une population plus importante, mais en deçà des 1 millions d’âmes. (au début des années 2000, Chypre a quitté cette catégorie).

Tout au long des 60 éditions du concours, 3 micro nations et 4 petits états ont participé. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux semblent réticents et seuls Saint-Marin, L’Islande, Malte et le Monténégro sont toujours de la partie. Les autres ont quittés le concours, pensant sûrement qu’un victoire, un classement dans le Top 10 ou même une qualification en finale étaient devenus impossibles. Soyons honnêtes, il est clair que des les années 1960, 1970 et 1980, l’Eurovision n’était qu’un concours de chant, et n’importe quel pays avec une bonne chanson pouvais l’emporter. C’est pourquoi un petit état comme le Luxembourg a remporté le concours 5 fois (1961, 1965, 1972, 1973 et 1983). Même une micro nation (Monaco) fut victorieuse en 1971. Mais de nos jours, une participation au concours implique de l’argent, un peu de lobbying, une bonne mise en scène, une interprétation professionnelle et également de la géopolitique. Voilà pourquoi certains ont jeté l’éponge.

Voyons chacun de ces petits pays en détails :

VATICAN (836 hab.): RV (Radio Vaticana), le télédiffuseur du plus petit état du monde, est membre de l’UER depuis 1950, et peut donc participer à l’Eurovision. Ils peuvent chanter et ont des costumes très glamour, mais pour des raisons évidentes, le Saint-Siège n’enverra jamais de représentant au concours.

SAINT-MARIN (32 400 hab.) : San Marino RTV (Radiotelevisione della Repubblica di San Marino) a adhéré à l’UER en 1995 et à participé pour la première fois en 2008. Cette année, lors de sa 5ème tentative, la minuscule république s’est qualifiée pour la finale avec Maybe par Valentina Monetta. En 2013, Saint-Marin a également rejoins le Concours Eurovision Junior.

LIECHTENSTEIN (35 200 hab.) : La très récente 1FLTV (1 Fürstentum Liechtenstein Television) n’a pas encore rejoint l’UER. La principauté alpine a tenté d’envoyé une chanson à l’Eurovision en 1976, mais elle fut naturellement rejetée. Depuis 2008, et la création de 1FLTV, le Liechtenstein a essayé, sans succès, d’adhérer à l’UER. Aujourd’hui, et ce à cause des coûts engendrés, ils ne semblent plus vouloir être membre, mais l’intérêt pour le concours est intact.

MONACO (36 400 hab.) : TMC (Télé Monte Carlo) est un des plus anciens membres de l’UER. Le Rocher était un participant régulier de 1959 à 1979 avec une victoire en 1971 avec Un Banc, Un Arbre, Une Rue de Séverine. Malheureusement, ils ne purent organiser l’édition 1972. En 2004, Monaco est revenue 3 ans de suite, mais ne put se qualifier pour la finale. Après ces mauvais résultats, mais certainement aussi parce que TMC appartient maintenant en grande partie à TF1, la micro nation n’a plus d’intérêt pour le concours.

ANDORRE (85 000 hab.): RTVA (Ràdio I Televisió d’Andorra) est member de l’UER depuis 12 ans. Ils ont participé 6 fois depuis 2004, mais ne se sont jamais qualifié pour la finale. A cause des coûts (et des résultats) la principauté a jeté l’éponge, et en 2011 ils ont même menacé de quitté l’UER. La principauté pyrénéenne se sent trop isolée.

ISLANDE (326,000 hab.) : RÚV (Ríkisútvarpið), depuis sa première participation en 1986, a porté une attention toute particulière au concours. Comme dans les autres pays du bloc scandinave, l’Islande adore l’Eurovision et sa finale nationale (Söngvakeppnin) est toujours un évènement incontournable. Avec 27 participations, et deux médailles d’argent (1999, 2009), l’île attend toujours sa première victoire.

MALTE (450 000 hab.) : PBS (Public Broadcasting Service) tenta l’aventure Eurovision en 1971, 1972 et 1975. Après une longue pause, malte est revenue en 1991, et à dès lors été une participant assidu. Il s’agit peut-être du petit état le plus doué avec quelques bons résultats, pas mal de Top 10, ainsi qu’une médaille de bronze (1998) et deux médailles d’argent (2002 , 2005). L’archipel participe également au Concours Junior qu’il a remporté en 2013 et qu’il organise en 2014.

LUXEMBOURG (550 000 hab.) : RTL (Radio Television Lëtzebuerg) était un fondateur de l’UER et l’un des pays les plus doués (avec 5 victoires et plusieurs organisations). Depuis 1994, le Grand-Duché snobe l’Eurovision et beaucoup espèrent son retour.

MONTÉNÉGRO (780,000 hab.) : RTCG (Radio Televizija Crne Gore) est le membre le plus récent de l’UER qu’il a rejoint en 2006, après l’indépendance du pays. Ils ont participé 7 fois et l’an dernier, le Monténégro a réussi à atteindre la finale pour la première fois avec Moj Svijet de Sergej Ćetković.

Au vu de tous ces détails, essayons de répondre à quelques questions…

Un petit pays peut-il gagner ?
Je dirais que la victoire d’une micro nation est peu probable. Des pays comme Saint-Martin ont une scène musicale restreinte, et trouver un artiste qui puisse endosser le costume semble très difficile. Bien sûr ils pourraient engager des chanteurs étrangers (comme le Luxembourg et Monaco avaient l’habitude de faire), mais depuis les années 2000, les pays ont tendance à choisir des artistes nationaux. Dans le cas des petits états, une victoire peut être davantage envisagée. Comparé à leur faible population, ces pays ont un incroyable vivier de talents. Il suffit de regarder le nombre de participants aux finales nationales islandaises et maltaises pour constater le nombre impressionnant d’artistes pour des pays aussi petits. Ils ont aussi tendance à envoyer de bonnes chansons à l’Eurovision (et ce depuis 2014 dans le cas du Monténégro). Les outsiders peuvent encore gagner. Souvenez-vous de l’Estonie en 2001 ou la Finlande en 2006. L’édition 2014 peut servir d’exemple puisque nous avons enfin réalisé, pour la première fois, que toutes les petites nations pouvaient arriver en finale.

Pourquoi participer ?
Pour la plupart de ces pays, l’Eurovision c’est comme les Jeux Olympiques ou les Nations Unies. Il faut en être pour pouvoir montrer que l’on existe. Si vous voulez que le monde sache vous placer sur une carte, il faut se faire voir, il faut se faire entendre. L’Eurovision est une des meilleures occasions de briller.

Pourquoi jeter l’éponge alors ?
Certains avanceront l’argument des coûts. Je ne suis pas certain, cependant, que RTL ou TMC aient des fins de mois difficiles. Ces pays étaient des participants incontournables. Mais à présent, avec une quarantaine de pays, ils ont peur d’être fondus dans la masse ; et pour être honnête, le Luxembourg et Monaco n’ont pas vraiment besoin de la tribune que peut représenter le concours.

Souhaitons-nous qu’ils gagnent ?
La victoire d’un petit pays serait un grand événement et les amateurs du concours seraient ravis de s’envoler pour un ville organisatrice inédite (comme Bakou en 2012). Mais dès le lendemain de cette victoire, les problème débuteraient. Peuvent-ils organiser le concours ? Avec les critères de l’Eurovision des années 2010 (salles, infrastructures, centre de presse, Euroclub…) pouvons-nous un jour aller à Saint-Marin ou Podgorica ? J’ai de gros doutes. Souvenez-vous qu’en 1972, Monaco n’a pu organiser le concours (qui était à une échelle bien moindre). Des salles de concert de plus de 10 000 places sont rares dans ces états, mais avec leur motivation, nul doute qu’ils feraient leur maximum pour organiser un tel évènement (même si cela impliques des douzaines de nuits blanches pour l’UER).

Quelle alternative ?
Certains petits pays ont finalement compris que, parmi tous les évènements de l’Eurovision, il y en avait un qui pouvait les aider à être plus facilement sur le devant de la scène : le concours Eurovision junior. Malte, Saint-Marin et le Monténégro y participent puisque une victoire semble plus à portée, et que l’organisation est plus légère. Malte est un excellent exemple de cet état de fait. Mais il faut faire attention, le concours junior ne doit pas devenir un évènement de deuxième classe pour les pays qui pont peur de ne pas briller au concoure Eurovision (ce qui semble avoir été les cas pour la Bulgarie et la Croatie cette année). Ce qui s’est passé aux JO (avec la création des Jeux des Petits États d’Europe) ne doit pas se reproduire.

Ne nous voilons pas la face, oui la taille a son importance au Concours Eurovision de la Chanson, mais ce n’est pas ici une règle immuable. Si on me demander de dicter un règle pour l’Eurovision, je préférerais la réunions des nations ou la célèbre phrase de Pierre De Coubertin : l’important c’est de participer. Petits pays, s’il vous plait continuer à nous surprendre, c’est à votre tour de briller !

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