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Oliv’s Eurovision Files – Eurovision et Politique

Oliv’s Eurovision Files – Eurovision et Politique

(english version on the Oikotimes website)

Depuis 59 ans, tous les ans, et sans exception, la quasi-totalité des nations européennes se réunissent pour un évènement majeur diffusé simultanément sur tous les écrans aux quatre coins du vieux continent. Je ne parle pas là d’un sommet de l’Union Européen mais bel et bien du Concours de l’Eurovision. Rendez-vous culturel ? Certainement. Evènement politique ? A priori non, quoi que le concours n’a pas toujours été étanche aux agitations politiques qui ont traversé notre continent depuis 1956…

1950 : une première Union Européenne

Avant même la création de l’Union Européenne (1951), des états de l’Europe de l’après-guerre, dont certains se faisaient encore la guerre 6 ans plus tôt, décidèrent de collaborer dans le domaine de la radio-télévision en créant l’Union Européenne de Radiodiffusion (UER). Le point d’orgue de cette collaboration sera la mise en place du Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne, une compétition pacifique et culturelle entre les états membres de l’UER, dont la première édition aura lieu en 1956 à Lugano, dans la très neutre Suisse.

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L’Eurovision dans la Guerre Froide

01fs_oirtPendant 40 ans notre continent fut le cœur de cette Guerre Froide qui divisa le monde en deux clans rivaux. La création même de l’UER est une conséquence de ce conflit.
En 1946, l’Organisation Internationale de Radiodiffusion (OIR) avait été créée à Bruxelles, sous une co-présidence franco-soviétique. Mais vue la dégradation de la situation politique, les états membres de l’Ouest de l’Europe décidèrent de quitter l’organisation et de fonder l’UER, tandis que les états de l’Est s’exilaient à Prague pour fonder l’Organisation Internationale de Radiodiffusion et Télévision (OIRT). Dès lors, deux réseaux se firent face, l’Eurovision (à l’ouest) et l’Intervision (à l’est). Un seul pays fit partie des deux entités, la Finlande.
Bien entendu, le Concours Eurovision eu pendant quelques années sont alter-ego, quand entre 1977 et 1981, le festival de Sopot (qui existait depuis 1960 et existe toujours aujourd’hui) fut transformé en Concours Intervision de la Chanson et donc en tribune politique pour le bloc de l’Est.
En 1993, après la chute du rideau de fer, L’OIRT fusionna avec l’UER et dès 1994 petit à petit, les ex-états du bloc soviétiques intégrèrent le Concours de l’Eurovision, illustrant ainsi la réconciliation continentale.

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Des messages politiques plus ou moins dissimulés…

Dans les années 1990 un nombre croissant de chansons faisaient référence aux évènements politiques que connaissait l’Europe.
A Zagreb, en 1990, plusieurs pays rendirent hommage à la chute du mur de Berlin. Alors que le duo allemand voulaient être Libres Pour Vivre (Frei Zu Leben), le norvégien rendait hommage à la Porte de Brandebourg (Brandenburger Tor), l’autrichienne s’écriait Plus Jamais De Mur (Keine Mauern Mehr) et les finlandais se demandaient s’ils étaient enfin Libres ? (Fri ?).
A Rome, en 1991, une Allemagne enfin réunifiée déclarait que Ce Rêve Ne Doit Jamais Mourir (Dieser Traum Darf Niemals Sterben).
En 1993, à Millstreet, trois des pays de l’ex-Yougoslavie, alors en pleine guerre, firent leur apparition au concours, et deux d’entre eux ne purent faire abstraction de ce qui se passait sur leur sol. La Croatie envoya le groupe PUT qui entonna la très nostalgique Ne Pleure Jamais (Don’t Ever Cry) alors que le bosniaque Fazla interpreta une des chansons les plus connotées à ce jour avec Toutes Les Douleurs Du Monde (Sva Bol Svijeta).

Autre exemple qui fit couler beaucoup d’encre, la chanson israélienne à Stockholm en 2000. Le groupe PING PONG qui chantait Heureux (שמח) agita à la fin de sa prestation des drapeaux israéliens et syriens en signe de paix. La télévision israélienne condamna fermement l’acte retirant au groupe le privilège de chanter au nom de l’IBA.

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Une liste de participants souvent influencée par la politique…

Alors que l’UER compte aujourd’hui 56 pays membres, certains n’ont jamais voulu ou pu participer au Concours de l’Eurovision, et la raison est on ne peut plus politique. Les pays membres d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (Algérie, Egypte, Jordanie, Liban, Lybie, Maroc et Tunisie) souhaiteraient parfois intégrer le concours à la condition de pouvoir ne pas diffuser la chanson israélienne (pays dont beaucoup ne reconnaissent pas l’existence). L’UER n’a jamais cédé sur ce point. Pour preuve, en 2005, à Kiev, le Liban allait faire ses débuts sur la scène de l’Eurovision avec Aline Lahoud et sa chanson Quand Tout S’Enfuit. L’UER disqualifia le pays quand il se rendit compte que le Liban ne diffuserait pas la chanson israélienne le soir du concours.

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Plus récemment, en 2009 la Russie accueillit le concours pour la première fois, après avoir fait la une des journaux tout l’été avec son action militaire en Ossétie du Sud et Abkhazie, deux provinces sécessionnistes de Géorgie. En représailles, la télévision géorgienne choisit d’envoyer à Moscou la chanson We Don’t Wanna Put In officiellement traduite en On ne Veut Pas Mettre mais que tout le monde avec un peu de jugeote traduisait par On ne Veut Pas De Poutine… L’UER demanda à la Géorgie de changer de chanson, ce qu’elle refusa et fut donc ainsi disqualifiée.

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Dernier exemple en date, en 2012, à Bakou, la télévision arménienne refusa de prendre part au concours craignant pour sa sécurité sur le sol azerbaïdjanais, pays avec lequel elle est en conflit depuis des années.

Et demain.. ?

Comme nous l’avons vu, le Concours de l’Eurovision se protège tant bien que mal de la politique et ne peut être totalement étanche aux évènements qui animent le continent, et l’UER se transforme parfois en force diplomatique pour préserver la bonne marche du festival.
kosovo-eurovisionIl est à prévoir que des polémiques verront encore le jour dans les éditions futures. Certains pays émettent déjà des doutes sur leur participation si le concours venait à être organisé dans un pays pas ou peu démocratique (le Bélarus par exemple) ou dans un pays qui bafoue certains droits élémentaires (la Russie de Poutine et ses lois homophobes).
Autres grincements de dents à venir, la participation future du Kosovo, pays indépendant pour certains, province serbe pour d’autre, ou encore la participation d’une Écosse indépendante si jamais le référendum de septembre 2014 mettait fin au Royaume-Uni…

Mais si on y réfléchit bien, tout ceci est plutôt positif car cela prouve une chose, le Concours de l’Eurovision est bien vivant et inscrit dans son temps. Il n’est pas (ou plus) un évènement aussi figé que certains voudraient le laisser croire…

  1. By 15coins on 25 décembre 2014 at 16 h 18 min

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