Share
Eurovision 2018 : Le Bilan

Eurovision 2018 : Le Bilan

Tiens ! Nous avons mis une semaine pour rédiger le traditionnel article bilan ? Oui. La motivation n’y était pas. Il faut l’avouer, globalement nous ne gardons pas un bon souvenir de ce concours de Lisbonne.

L’Eurovision 2018 s’est achevé sur la victoire de l’un des deux favoris : Israël. Après deux années où le trophée a été remporté par des chansons lentes aux thématiques sombres, les Européens sont revenus à un peu plus de gaité et de légèreté. Dans un monde compliqué et de plus en plus difficile, ils ont voulu s’éclater en caquetant avec Netta. L’Israélienne était favorite jusqu’aux répétitions, où elle a été rétrogradée en seconde position chez les bookmakers. Mais la première impression est toujours la bonne et la mise en scène colorée voire psychédélique n’a pas nui au titre Toy. Netta roulait des yeux et s’éclatait en chantant sur la scène avec ses choristes dans une ambiance joyeuse et bon enfant et c’est ce qui a plus aux téléspectateurs comme aux jurys. Certes c’est une victoire par défaut, un peu comme en 2016 (Netta compte presque le même nombre de points que Jamala), car ce qui fait gagner Netta c’est aussi la dispersion des votes et le manque de lucidité des jurys. Cette victoire est somme toute logique même si on n’y croyait plus, tant, à force de voir et revoir la prestation de Netta, on n’en distinguait plus que les petits défauts oubliant le côté très accrocheur de la chanson. En gagnant le télévote Israël remporte du coup son quatrième Eurovision et ne fait pas mentir l’adage qui veut que l’état hébreux décroche le Grand-Prix tous les vingt ans (1978, 1998, 2018).

Gagner tous les vingt ans, on aimerait bien que ça soit aussi le cas pour la France. Malheureusement la prestation de Mercy n’a pas été assez marquante. Les Français ont revendiqué le côté sobre de leur prestation, mais à vouloir faire trop simple, on manque son objectif principal : retenir l’attention du public. Depuis vendredi soir et les rumeurs qui courraient sur les votes des jurys, on ne croyait plus trop à la victoire, mais cette 13ème place qui semble plutôt heureuse reste un peu décevante quand les bookmakers nous promettaient jusqu’au jour de la finale un Top 10. Seulement voilà, on oublie que l’Eurovision est avant tout un concours et malgré toutes ses qualités c’est logiquement que Mercy a été surclassée par une bonne dizaine de chansons (voir le Top 10 final plus loin). La France se retrouve ainsi en fin de première partie du classement final en bonne compagnie, avec l’Albanie, la Lituanie, et la Bulgarie qui se tiennent avec nous en moins de vingt points. Elle n’a finalement pas à rougir de son classement.

Madame Monsieur nous a fait honneur en nous représentant avec un message fort et généreux. Emilie et Jean-Karl ont fait le job. Ils ont aussi été particulièrement attentionnés avec les eurofans, notamment français, qui ont été touchés par leur gentillesse. France 2 aussi a été à la hauteur et le dispositif Eurovision qu’elle a mis en place a été efficace et a sans doute permis à la chaine de devancer largement The Voice au niveau des audiences (5.1 millions de téléspectateurs pour le Concours contre 4,5 millions pour la finale du célèbre télé-crochet). Bref le bilan est globalement positif. France is back avait dit Edoardo Grassi, notre chef de délégation. Disons que la France s’accroche et se maintient. Elle reste sur une bonne dynamique. Elle n’est peut-être pas encore prête à remporter le Concours, mais ça ne saurait tarder. Cependant elle va devoir mieux travailler les mises en scène de ses prestations qui sont son point faible. France 2 doit maintenant s’atteler à la préparation d’un Destination Eurovision 2 dont on attend que le plateau soit aussi relevé que celui du premier. La collaboration entre la chaîne et ITV a été une réussite unanimement saluée. Il faut donc améliorer encore le concept.

La Finale a été extraordinaire. Le show des 26 chansons était harmonieux et les prestations d’un très bon niveau. C’est certain, les téléspectateurs ont passé un très bon moment et l’image ringarde du Concours est désormais un lointain souvenir.

Et puis il y a eu ce final époustouflant, cette cérémonie des points qui a été haletante et incertaine jusqu’au bout. On pressentait que ça serait excitant, mais on n’imaginait pas à quel point. Il y a eu d’abord l’énoncé des votes des jurys où les points sont partis dans tous les sens et qui s’est clôturé avec un leader inattendu : l’Autriche. Personne, mais vraiment personne n’avait vu venir Cesár Sampson et on commençait à envisager avec plaisir de retourner à Vienne, l’un des concours que nous avons préféré. La Suède pointait en seconde position et là on comprenait moins sachant que le refrain était assuré essentiellement par les choristes de Benjamin Ingrosso. Puis venaient logiquement Israël, l’Allemagne et Chypre.

Au cours des votes des jurys, le public était joyeux, mais il a manifesté sa mauvaise humeur par des sifflets nourris à plusieurs occasions. D’abord pour les 12 points du jury grec à Chypre, puis au moment où la Russie prenait la parole. Là, les sifflets se sont même amplifiés quand les 12 points du jury russe ont été attribués à la Moldavie.

Vint ensuite l’annonce des résultats du télévote du 26ème au 4ème. La place obtenue par la Suède, 23ème, était inattendue et l’écart entre le vote du jury où la Suède est 2ème et le vote du public où elle est 23ème avec dix fois moins de point est énorme et surprenant. Toute l’Altice Arena a crié de joie au moment où le nom de la Suède a été prononcé. Cette joie manifestée par la 23ème place de Benjamin Ingrosso au télévote montre une désaffection des eurofans et sans doute aussi du public pour la Suède.

L’annonce des résultats du télévote s’est faite au pas de charge et c’est à peine si on a senti une pause quand il restait les dix premiers à annoncer. De plus, le 1er des jurys, l’Autriche, n’est que 13ème au télévote. Jamais le favori des jurys n’a été si mal classé par le public. Comment les jurys ont-ils pu placer si haut un titre qui a laissé le public globalement indifférent ? Ça commence à poser un problème. Le Top 3 du public est finalement constitué dans l’ordre par Israël, Chypre et l’Italie.

Globalement le Top 10 final de ce Concours 2018 nous semble légitime. Derrière Israël on trouve Chypre, 2ème pour le public et 5ème pour les jurys. Puis viennent l’Autriche, l’Allemagne dont on savait qu’elle serait très haute et l’Italie surprenante cinquième qui a été bizarrement sanctionnée par les jurys qui l’ont classée 17ème alors que le public l’a classée 3ème. Sur la forme comme sur le fond la France et l’Italie se ressemblaient. Les jurys ont préféré la France et le public a voté pour l’Italie. Le reste du Top 10 est constitué de la république Tchèque qui aurait mérité d’être un peu plus haute et avec qui les jurys ont été bien sévères, la Suède, l’Estonie, le Danemark et la Moldavie. Ce Top 10 est cohérent par rapport aux prestations qui nous ont été proposées.

Plus que la Suède, c’est la Norvège qui subit une grosse contre-performance. 16ème pour les jurys, 11ème au télévote et au final classé 15ème, le lauréat du Concours 2009, Alexander Rybak, qui figurait encore quelques jours avant la finale parmi les favoris, a raté son grand retour. La mise en scène plutôt réussie n’a pas compensé la faiblesse de sa chanson trop swing et pas assez actuelle. C’est un peu pareil pour l’Irlande qui se retrouvait 3ème chez les bookmakers le jour de la finale. Elle termine seulement 16ème. Là encore la mise en scène, avec les deux danseurs qui reprenaient en fond de scène la chorégraphie du clip, a été surestimée par les bookmakers qui ont négligé la mollesse de la chanson. La suite du classement de ce Concours 2018 est d’une logique implacable mais pour les pays qui terminent au-delà de la 16ème place l’essentiel était d’être en finale. Ils ont donc rempli leur mission. Comme on s’y attendait, l’Espagne et le Royaume Uni terminent dans le Bottom 5, où fort logiquement l’ennuyeuse chanson du Portugal hérite de la dernière place. Notons aussi que l’Australie, dernière au télévote, confirme qu’elle reste très impopulaire auprès des téléspectateurs. N’oublions cependant pas que les téléspectateurs ont des oreilles. Et elles ont souffert quelque peu ce samedi soir, notamment pendant les passages de l’Irlande et de l’Australie. Ceci explique sans doute en partie cela.

La conférence de presse de la gagnante a été un gros bordel. Netta a expédié son shooting photo au grand désespoir des photographes (le mot bullshit a été prononcé par certains). De toute façon elle n’avait pas son trophée qui lui a été remis une seconde fois (il paraît qu’il s’était cassé) à la fin de la conférence de presse par Jon Ola Sand, le superviseur exécutif de l’émission, qui en a profité pour donner au chef de délégation le dossier dévolu au prochain pays organisateur. On n’apprend pas grand-chose dans ces conférences de presse. Netta a félicité comme il se doit sa dauphine la Chypriote Eleni pour sa prestation, mais quelqu’un devait gagner a-t-elle ajouté. Elle a considéré qu’elle n’avait pas besoin de revenir sur le message de sa chanson (qu’on lui demandait de ré-expliquer pour la millième fois) puisque la majorité des gens avait choisi sa chanson. On lui a aussi demandé (encore) de montrer la bague qu’elle a reçue de sa grand-mère.

Si notre séjour Portugais n’a pas été si plaisant qu’on l’avait espéré, la sécurité portugaise en est en grande partie responsable. Les restrictions que nous avons subies et qui étaient en plus à géométrie variable et à la tête du client ont été l’un des points noirs de cette édition 2018. Aller jusqu’à nous embêter pour un paquet de chewing-gums c’est être bien tatillon et finalement avoir chicané pour un oui ou pour un non sur tout pendant deux semaines pour laisser le grand soir un type monter sur la scène et arracher son micro à la Britannique SuRie c’est bien piteux.

Les moyens affectés à ce concours 2018 étaient en deçà de ce qu’on pouvait espérer. Ce Concours était un concours au rabais. Les différents endroits (press center, salle des conférences de presse, espace interviews, espace de détente, bubble zone des délégations) étaient bien éloignés les uns des autres et nous contraignaient à courir d’un point à un autre ou à rester longtemps au même endroit. Le snack était une honte vu la faible gamme des produits proposés qui de plus se trouvaient rapidement en rupture de stock et comme on n’avait pas le droit d’emmener de la nourriture ou à boire de l’extérieur (alors qu’il y avait un immense centre commercial juste à côté), on a eu faim pendant quinze jours. Bref on n’avait qu’une envie chaque soir : quitter cet endroit où on ne s’est jamais vraiment senti à l’aise.

Nous devrions donc aller en Israël l’an prochain. Sans joie. Probablement à Jérusalem, car, même si depuis dix ans on nous avait annoncé que le troisième Concours Eurovision en Israël se déroulerait à Tel Aviv, on n’imagine pas le gouvernement israélien qui revendique Jérusalem comme seule capitale de l’état d’Israël (non reconnue par la communauté internationale et le conseil de l’Europe) ne pas profiter du Concours pour affirmer sa position au moment où les Etats-Unis y installent leur ambassade. Merci Trump ! Et puis on voit mal ce gouvernement très conservateur financer un Concours à Tel Aviv, la cité de la dépravation. Nous avons par ailleurs eu un aperçu de l’hospitalité israélienne à la fin de la conférence de presse de la gagnante quand tous les journalistes qui n’étaient pas Israéliens et qui attendaient que Netta revienne quelques instants, comme cela avait été promis, ont été priés de sortir de la salle des conférences de presse pour laisser Netta avec uniquement les journalistes israéliens. Sympa.

Le pays organisateur du prochain concours, Israël, n’est cependant pas encore assuré. La situation actuelle au Moyen-Orient et une aggravation des tensions entre Israël et ses voisins pourrait contraindre l’UER à choisir un autre pays pour le Concours 2019. On y verra plus clair cet été, mais une épée de Damoclès va peser sur ce Concours jusqu’en mai 2019 si Israël est confirmé comme pays organisateur.

Laisser un commentaire