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Eurovision 2015 – Le Bilan

Eurovision 2015 – Le Bilan

L’Eurovision 2015 s’est donc clôt sur la victoire du favori, le Suédois Måns Zelmerlöw. Cette victoire s’est dessinée dans la seconde partie des votes. Au départ, le trio des favoris, désignés par les bookmakers, Italie-Russie-Suède, s’est nettement détaché, puis c’est la Russie qui a mené la danse, avant qu’au milieu des votes Måns Zelmerlöw ne rattrape la Russe Polina Gagarina, et ne la dépasse d’un petit point. Au fur et à mesure des votes de la seconde partie, l’écart se creuse et finalement Måns Zelmerlöw l’emporte avec 365 points, devant Polina Gagarina, 302 points. Les Italiens Il Volo complètent le podium avec 292 points.

Dans le même temps, un second trio s’est lui aussi, petit à petit, détaché, celui des outsiders, Belgique-Australie-Lettonie. Très vite, il se retrouve suffisamment loin du trio des favoris pour qu’on ne croie plus à la victoire de l’un d’eux, mais creusant l’écart avec les suivants, il s’est assuré les places 4 à 6. La Belgique, représentée par Loïc Nottet, 4ème avec 217 points, réalise son meilleur classement depuis 2002. L’Australie, qui passait juste avant elle, obtient la 5ème place avec 196 points, et la Lettonie, 6ème avec 186 points, la suit de près. Derrière, à 80 points on trouve encore un trio, l’Estonie, puis la Norvège et Israël. La Serbie complète le top 10, avec quand même 40 points d’écart entre Nadav Guedj l’Israélien et Bojana la Serbe.

Globalement les neuf premiers de ce classement ont trusté la plupart des points, les autres ayant dû se contenter des miettes, et à ce petit jeu, ce sont ceux qui ont des voisins amicaux, ou qui bénéficient de votes des diasporas qui s’en sortent le mieux. Disons qu’après Israël, le vote n’a plus vraiment de signification, même si on note la contre-performance de l’Azerbaïdjan, 12ème, probablement vampirisé par la Russie, et surtout de la Slovénie, 14ème, qui paye sans doute ici son passage en première position. Mais surtout, le Big 4 historique ressort de cet Eurovision en charpies. L’Espagne s’en sort le mieux, si l’on peut dire, mais 21ème avec 15 petits points c’est une terrible contre-performance pour Edurne que beaucoup imaginaient dans le Top 10, comme Ruth Lorenzo l’an passé. Le Royaume Uni, comme la France, a sauvé l’honneur, en grappillant quelques points. Enfin l’Allemagne essuie, cette année son pire échec sans doute au concours, puisqu’il faut remonter à 1965 pour la voir marquer le fatidique zéro point. 24 points au total pour l’ancien Big 4, c’est une déroute historique.

Revenons à la France. On s’attendait à un mauvais résultat. La bonne impression laissée en répétition par la performance de Lisa Angell et sa superbe mise en scène était vite retombée dès l’annonce de l’ordre de passage. Mais, soyons honnêtes, cet ordre de passage n’explique pas tout. Trois raisons peuvent être avancées pour expliquer ce nouvel échec, le quatrième consécutif. D’abord, si  N’oubliez pas peut être considérée comme une jolie chanson, ce n’était pas la meilleure chanson. Si on veut gagner, une jolie chanson ne suffit pas. Il faut une bonne, et même une très bonne chanson, capable de rivaliser avec les autres, car l’Eurovision est avant tout un concours. Objectivement, une bonne douzaine de chansons pouvaient être considérées comme meilleures que celle de Lisa Angell. Ensuite, la configuration toute particulière de ce concours a fait que moins de dix pays ont trusté la plus grande partie des points. Que pouvait-on espérer après ça ? On en arrive à la troisième raison, notre isolement. Sans pays amis, sans diasporas, au petit jeu du partage des miettes, nous n’avons aucune chance. Chypre nous devance de deux places avec 11 points, dont 10 de la Grèce, qui elle a 23 points, dont 18 lui sont données par Chypre et l’Albanie, qui a obtenu 34 points, dont 28 lui sont donnés par la Macédoine, le Monténégro et la Grèce.

On a bien la confirmation que les fameux votes de blocs, ne jouent pas pour les premières places, mais plutôt pour le milieu et la fin du classement. Et encore, réjouissons-nous, car, avec la Macédoine, le Danemark, l’Islande, le Belarus ou la Moldavie dans cette finale, on serait sans doute au même niveau que les Allemands, derniers avec zéro point. Nous n’avons pas, comme tous ces petits pays, copains comme cochon, de filet de sécurité. Quand on se viande c’est très violent. J’ai oublié l’Autriche, qui partage avec l’Allemagne la dernière place. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu un pays organisateur terminer dernier avec zéro point.

Sur les demi-finales, la Suède a largement remporté la seconde demi-finale avec 217 points et plus de 60 points d’avance sur la Lettonie, alors que la Russie a remporté la première avec 182 points devant la Belgique, 149 points. On remarque que la Moldavie a fini 11ème de la première demie derrière l’Albanie, et que dans la seconde demie c’est Malte qui est 11ème, derrière l’Azerbaïdjan, avec des écarts de points significatifs entre 10ème place et 11ème place pour les deux demi-finales. Quant aux dernières places, elles sont dévolues à la Finlande dans la demi 1, ce qui est logique, et à la Suisse dans la demi 2, ce qui est incompréhensible et même scandaleux.

Si on sépare les jurys et le télévote, c’est la Suède qui gagne les jurys et l’Italie qui remporte le télévote. C’est la première fois depuis l’introduction des jurys que le lauréat du concours n’est pas celui du télévote. On remarque que les jurys ont classé la Lettonie seconde et l’Italie sixième, quand le télévote a classé l’Estonie 4ème. Au chapitre des grosses disparités entre les deux classements, nous avons la Norvège, Chypre, et l’Autriche, respectivement 7ème, 9ème, et 13ème aux jurys et 17ème, 23ème et 27ème au télévote. A l’inverse, l’Albanie, la Serbie, l’Arménie et la Pologne sont respectivement 9ème, 10ème, 11ème et 15ème au télévote et 26ème, 22ème, 24ème et 27ème aux jurys. La France est 19ème aux jurys et 26ème au télévote.

Le gros point négatif de ce concours, est l’ordre de passage décidé par la production. Première de sa demi-finale, ayant tiré la première moitié du show, la Suède se voit attribuer un heureux passage en 10ème position (soyons honnêtes, passer plus tôt n’aurait sans doute pas cassé la dynamique suédoise). Seconde de sa demi-finale, ayant elle aussi tiré au sort la première moitié du show, la Belgique est placée en 13ème position. Placées au début du show, Israël et l’Estonie, toutes les deux troisièmes de leur demie, ont sans doute été défavorisées, en étant placées au début de la finale, tout comme la Slovénie, qui paye lourdement le fait d’ouvrir le concours. Ce système a clairement montré ses limites. Il n’a pas rendu le show plus varié, la seconde partie souffrant d’une succession de chansons lentes. Et il favorise clairement les favoris. Clairement il faut revenir à un tirage au sort, ou réfléchir à un système de tirage au sort qui mixte le côté aléatoire de ce tirage et la diversité des styles, tout au long du programme.

On remarque que les votes des jurys professionnels du Monténégro et de la Macédoine ont été annulés (on attend d’ailleurs des explications de l’UER à ce sujet), mais bizarrement ceux de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan ont été validés alors que les cinq jurés ont tous placé leur inamical voisin à la 26ème place. Le deux poids deux mesures de l’UER commence à être agaçant.

Trois ans après Malmö, l’Eurovision ira donc en 2016 faire une halte en Suède. Christer Björkman, chef de délégation Suédois, a déclaré qu’un appel à candidature sera probablement lancé, mais comme il est peu probable que Malmö candidate à nouveau, ça devrait cette fois sans doute se passer à Stockholm, sans doute au Friends Arena. Sinon c’est Göteborg.

Nous félicitons la Suède pour sa victoire, la 6ème, qui place le pays en seconde place au nombre de victoires, derrière l’Irlande. Le parcours de la Suède à l’Eurovision depuis son élimination prématurée en 2010 est remarquable. Deux victoires, deux troisièmes places et une 14ème place.
Pour la France, inutile de se lancer dans de vaines polémiques ou de dénoncer une injustice. L’équipe autour de Lisa Angell a bien travaillé. Ils sont arrivés à Vienne et tout était prêt. Nous avons particulièrement apprécié le superbe visuel et l’entrée des tambours en dernière partie de la chanson. Lisa a toujours été impeccable vocalement. Il faut simplement comprendre et analyser le système et réfléchir à l’année prochaine dès maintenant. Nathalie André a vu ce que c’était que l’Eurovision, elle en a sans doute tiré certains enseignements et en professionnelle qu’elle est, elle va travailler son sujet. Il faut aussi réfléchir au message qu’on souhaite faire passer. L’Eurovision n’est pas le festival de Cannes, ce n’est pas l’endroit où nous devons défendre notre exception culturelle. Nous devons nous adapter à son format. Oui c’est à la France de s’adapter à l’Eurovision et non à l’Eurovision de s’adapter à la France.

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